Dans le cadre de sa politique « 100% EAC » (Éducation Artistique et Culturelle), la Communauté de Communes Océan-Marais de Monts a organisé, pour 8 classes de 6e et de 5e, deux représentations du spectacle « C’est ta vie » de la Compagnie 3637. Ce spectacle, repéré grâce au festival Le Chainon Manquant, aborde de manière détournée les bouleversements de l’adolescence, un moment de questionnement physique et émotif marqué par de nombreuses découvertes et interrogations.
La Compagnie 3637 est une compagnie de théâtre belge, dirigée par Sophie LINSMAUX et Coralie VANDERLINDEN, qui crée des spectacles jeunes et tout public questionnant des sujets vastes et complexes autour des valeurs de vivre-ensemble.
« C’est ta vie », une histoire pour parler des premiers sentiments
Le spectacle « C’est ta vie » est inspiré en partie par le livre C’est ta vie ! L’encyclopédie qui parle d’amitié, d’amour et de sexe aux enfants écrit par Thierry LENAIN. Ce livre à destination des enfants de 6 à 10 ans aborde le sujet de la sexualité et des relations amoureuses avec inclusivité et simplicité, sans tabous.
« Chaque cœur aime comme il en a envie. Et chacun a le droit d’avoir le cœur qu’il a. Chacun a le droit d’être ce qu’il est » Thierry LENAIN
En s’inspirant du livre, la Compagnie 3637 a décidé de créer un spectacle pour un public un peu plus âgé, des jeunes entre 10 et 14 ans, autour de l’éveil des sentiments amoureux pour en déconstruire les clichés. Ce spectacle raconte le début de la puberté de Louise, une jeune adolescente de 12 ans, que l’on va suivre pendant 1 an. Une année durant laquelle Louise va vivre ses premiers changements corporels, ses premiers émois amoureux qui vont l’amener à créer différents types de relations avec les autres. Lors de ces rencontres, Louise ainsi que les autres personnages vont vivres des expériences diverses, allant de relations dérangeantes voir d’abus, à des relations d’amours, d’amitié mais aussi des relations difficiles à qualifiées à cause des normes sociales.



Le théâtre comme espace de réflexion et d’identification
L’Éducation Artistique et Culturelle (EAC) a pour but d’accompagner les bénéficiaires dans leur développement personnel, artistique et citoyen. L’art est un médium d’expression et de libération et le but est de donner aux participants des clés pour mieux vivre.
Dans le cadre de ce projet, 8 classes de collégiens ont pu aller assister à cette pièce de théâtre pour les aider à mieux comprendre l’adolescence, une période marquée par de nombreux changements. Face à ces bouleversements, les adolescents cherchent des points de repère en se comparant à ce qu’ils ont pu voir ou entendre. Cependant, les modèles auxquels ils ont été exposés sont parfois éloignés de la réalité et véhiculent des standards irréalistes. À travers ce spectacle, l’objectif n’est pas de montrer aux jeunes ce qu’ils doivent faire ou penser, puisqu’il n’existe pas de norme objective ou naturelle concernant la sexualité et la vie affective. Il s’agit au contraire de montrer la diversité et la liberté des relations émotionnelles afin de les aider à mieux comprendre ce qu’ils traversent. Voir que leurs questionnements et ressentis sont partagés et naturels leur permet de construire une vie amoureuse et sexuelle sereine, équilibrée et épanouie.
En entrant au collège les élèves ont des cours de Science de la Vie et de la Terre, durant lesquels ils vont apprendre les manifestations de la puberté, le principe de reproduction chez les êtres humains, les MST et les risques des grossesses. Bien que le côté médical de la sexualité soit très important, il ne faut pas pour autant négliger le côté émotionnel. Ce spectacle agis donc comme un complément de l’enseignement scientifique pour apporter une ouverture sensible. Ce projet intègre pleinement le Parcours Educatif Santé porté par l’Education Nationale.
Pour toucher son public un spectacle peut exploiter le principe de l’identification. C’est-à-dire que les personnages font écho aux spectateurs par certains traits, expériences ou émotions. Dans « C’est ta vie » les comédiennes ont notamment décidées d’incarner des narratrices plutôt que les personnages qui existent avant tout dans le récit. Cela permet aux adolescents d’imaginer les personnages comme ils le souhaitent et de faire des rapprochements plus facilement. Cependant, il faut noter que le personnage principal est une fille, et ce parti pris permet de développer l’empathie des garçons envers les filles. L’éducation sexuelle et émotionnelle étant différente en fonction des genres, il est important de comprendre que les femmes, comme les hommes, ont des désirs, des envies, des droits et la liberté de faire ce qu’elles veulent. Dans le spectacle toutes les voix sont entendues, pas seulement celle de Louise, offrant une diversité de parcours et de ressentis. Il montre ainsi que toutes les émotions sont légitimes et qu’elles doivent pouvoir s’exprimer dans un climat de bienveillance. Tout au long de la pièce on peut voir que la vie émotionnelle de Louise est complexe et évolutive, mais elle va réussir à affirmer et faire ses choix pour disposer de son corps et de ses émotions comme elle l’entend. C’est ce que le spectacle tente de faire comprendre aux jeunes, pas de cadre ni de modèle précis mais des envies et des libertés dans le respect des autres.
Afin de continuer à élever la réflexion en classe un dossier pédagogique réalisé par la compagnie a été fourni aux professeurs.
La sexualité n’arrive pas « d’un coup » mais est déjà présente chez les jeunes adolescents et adolescentes sous diverses formes, une meilleure connaissance de soi et des relations permets aux jeunes à prendre pleinement possession de leurs sentiments et de leurs sensations. À les valider, les écouter, se laisser envahir et parfois aller à l’encontre des normes sociétales.



Comprendre les enjeux de l’éducation affective
Nous vivons aujourd’hui dans une société patriarcale hétéronormé, où le pouvoir et l’autorité sont principalement détenus par les hommes et où l’hétérosexualité est présentée comme supérieure aux autres orientations. Ce contexte façonne les comportements et les représentations sociales, et alimente de nombreuses dérives dans les relations affectives et sexuelles. On peut notamment citer différentes formes de violences physiques, telles que le harcèlement ou le non-respect du consentement, qui s’inscrivent dans ce que l’on appelle la « culture du viol », un ensemble de discours et de pratiques qui banalisent, minimisent, voire justifient les violences sexuelles. On retrouve également des violences plus psychologiques, liées aux pressions sociales exercées par des normes esthétiques et corporelles strictes, aux stéréotypes de genre, aux représentations souvent irréalistes de la sexualité véhiculées notamment par la pornographie, ainsi qu’à l’objectification des corps, c’est-à-dire le fait de réduire une personne à son apparence ou à un objet de désir. Toutes ces violences sont alimentées par des discours et des représentations sociales qui diffusent des normes et des « évidences » présentées comme naturelles et légitimes alors qu’elles sont en réalité construites et inscrites dans des rapports de pouvoir. Elles génèrent de nombreuses confusions ainsi que de l’anxiété chez les adolescents et adolescentes qui se repèrent à ce que la société diffuse.
Dans ce contexte, l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle joue un rôle de prévention. En développant la connaissance de soi, des autres et des notions fondamentales comme le respect mutuel, elle permet de donner des repères solides et de contribuer à déconstruire ces problématiques. Elle participe ainsi à promouvoir une vie affective et sexuelle fondée sur le respect, l’égalité et la liberté de chacun et chacune.